OUEST FRANCE
8 AOUT 2003






Jean-Claude Ménès se penche sur l'histoire de Dom Lobineau - Saint-Jacut-de-la-Mer

Vendredi 08 août 2003 Ouest France


En 1996, Saint-Jacut-de-la-Mer inaugure une place Dom Lobineau. Cet historien breton serait mort en 1727 avait avoir séjourné sur la commune. Jean-Claude Ménès, un Jaguen docteur en histoire, émet des doutes sur cette thèse et s'interroge sur le bien-fondé de ce nom de plaque.

Jean-Claude Ménès, un Jaguen de 68 ans, est un féru d'histoire. Sa vie professionnelle ne l'a pas empêché de concrétiser sa passion. Sur le tard, il a obtenu un doctorat d'histoire à l'université de Haute-Bretagne. Ce qui le passionne ? Les personnalités locales. Et c'est tout naturellement qu'il s'est penché sur l'histoire de Dom Lobineau que la commune a mis à l'honneur en 1996 en lui dédiant une place.

Pour ses recherches, Jean-Claude Ménès a épuisé huit dépôts d'archives franco-britanniques et s'est rivé pas mal de temps sur les bancs des archives d'Ille-et-Vilaine. " Dom Lobineau a été un grand historien breton, très critique. Il tenait des positions osées pour l'époque sur les grandes familles nobles de Bretagne, comme les Rohan. " L'homme est mort en 1727. C'est un fait historique, avéré. La pierre d'achoppement n'est pas cette date, mais le lieu. Au vu de ses recherches, Jean-Claude Ménès émet de sérieux doutes. " Non qu'il soit mort à Saint-Jacut. Cela se peut. Mais il n'y a pas de trace. On sait juste qu'il aurait pu séjourner quelques jours à l'abbaye de Saint-Jacut comme le faisaient beaucoup d'érudits de l'époque. Mais en aucun cas, il n'y a passé ses dernières années de vie... " Contrairement à une thèse très populaire à Saint-Jacut, justement.

Jean-Claude Ménès attribue cette erreur historique à un érudit, Moréri, " que tout le monde aurait suivi ensuite. Pourtant cet homme n'a jamais cité une seule source. Ce qu'il a avancé est invérifiable... " Un comble pour un historien. En tout état de cause, l'affirmation a été reprise et la vérité amplifiée. S'en suit une rocambolesque histoire de cercueil de plomb, seul élément qui aurait pu servir de preuve sur la mort jaguine de Dom Lobineau. " Après 1875, on raconta que l'on aurait vendu son cercueil au prix du plomb. " Une sorte de profanation que toute une école ­ des historiens, des évêques, etc.- ayant mal digéré la révolution française aurait orchestrée en public. " Le 3 mai 1886, Mgr Bouché et l'historien La Borderie, qui a dû se laisser embarquer dans cette thèse, organisent une cérémonie à laquelle 2 000 personnes assistent. Lors des discours, on stigmatise le vandalisme des révolutionnaires. Précisons qu'un morceau de plomb aurait été découvert à l'abbaye, mais soi-disant aussitôt remis en terre par des ouvriers qui ne savent plus où ! "

Pour Jean-Claude Ménès, soucieux de vérités historiques, c'en est trop. Lui préfère s'en tenir à la " somme colossale de papiers qu'il a laissée à l'abbaye Saint-Mélaine en Ille-et-Vilaine avant de mourir. Il ne serait pas parti à Saint-Jacut sans son travail. Il a fallu 11 enquêteurs pour inventorier ses papiers ! " Et l'historien actuel de s'interroger " sur tant d'honneur pour un homme qui n'aurait fait que passer à Saint-Jacut ? " Là dessus aussi, il a sa petite thèse. Elle passe encore par un peu d'histoire.

À suivre donc...